vendredi 16 juillet 2010

Passage de la frontière mauritanienne


Vers 10h45, après une heure de route, nous atteignons la frontière marocaine.  Depuis peu, les cahutes de bois qui servaient de bureau de contrôle ont été remplacées partiellement par des bâtiments en dur. Ce qui ne nous empêche pas de devoir tenir plusieurs bureaux pour remplir les multiples formalités de sortie du Maroc. Il nous faut près d'une heure et demie pour quitter la zone marocaine et entrer dans le no-man's-land qui sépare le Maroc de la Mauritanie.


J'ai entendu le récit de Christian, qui a déjà fait seul la route de la Suisse au Burkina, mais je dois dire qu'il faut le vivre pour en prendre la mesure. Sur à peu près 5 km, après avoir passé la porte de sortie du Maroc, s'étend une aire dont la surface est un mélange de roches, de gravats et de sable.  Aucun point de repère visible à l'horizon et, devant nous, se dessine un entrelacement de pistes parmi lesquelles nous devons choisir. De plus, la zone alentour est minée suite aux conflits entre le Maroc et la Mauritanie au sujet du territoire du Sahara occidental.  Sur les conseils de Christian, nous suivons une voiture mauritanienne dont les occupants nous disent connaître le passage. Nous avançons à la vitesse du pas, sauf par endroit, où il faut accélérer pour éviter l'ensablement.  Notre voiture  guide se trompe de piste, nous devons faire demi-tour sur quelques centaines de mètres et prendre un autre itinéraire. Quelle que soit la voie choisie, les écueils rocheux sont légions et les trous de sable également. Aucune chance de passer avec une voiture au châssis surbaissé. Après une demi-heure d'intense concentration pour le chauffeur et de riches commentaires didactiques des passagers, les bâtisses de la douane mauritanienne sont en vue. Reste quelques gros cailloux à éviter ou à passer et les procédures douanières et policières commencent.

A peine suis-je arrivé qu'un jeune en boubou maure, surgi des sables, me prend mon document de sortie marocain pour la voiture, je le lui donne sans trop me poser de questions, et m'en repends presqu'aussitôt : je ne sais pas qui il est et ce qu'il va faire de mon papier. Bon, on verra bien. Je passe dans un premier bureau, le plus cossu de la place et, comme à chaque fois, nos nom, prénom, profession, numéro de passeport sont recopiés avec application sur un grand registre par un fonctionnaire qui, dans la chaleur de son cube de briques, rêve de voir la Suisse. Comme toujours, il faut passer de multiples bureaux, de cahutes en cahutes, où un groupe de fonctionnaires ou de militaires - on ne sait pas trop, mais ils ont tous de très beaux uniformes - contrôlent les passeports et donnent les documents pour entrer dans le pays. A chaque fois, il faut verser un montant qui est souvent fixé à la tête du client. Il m'en coûte cette fois une quarantaine d'euros, sans compter les visas, que nous avons déjà. A intervalle régulier, je retrouve mon jeune maure qui, entre temps, a abandonné son boubou. Il me guide d'un bureau à l'autre et bien sûr attend sa récompense que je ne peux lui donner car je n'ai plus rien sur moi. L'organisation de ces espaces administratifs m'échappent largement, ou alors peut-être la règle est de faire passer les papiers dans un maximum de mains qu'il s'agit de rétribuer. Nous mettons près de 4 heures pour passer tous les contrôles.

Mais de quoi se plaint-on? Certains mettent 6 heures pour passer cette frontière et ceux qui n'ont pas de visa pour entrer en Mauritanie, doivent retourner à Rabbat pour les faire : 4000 km aller-retour, 4 jours de voyage. Il y en a toujours qui partent à l'aventure sans avoir pris aucun renseignement. Nous en avons rencontré : un allemand qui fuyait les mauvaises ondes européennes, deux chauffeurs de camions portugais qui ont dû abandonner leur véhicule à la frontière et remonter chercher leur visa.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

"On reconnaît facilement le photographe professionnel au milieu d'un troupeau de touristes : c'est celui qui cache son appareil"
[Roland Topor]

Sans rancune Charly ;)

Nina