mercredi 28 juillet 2010

Sur le Niger


Dimanche matin vers 10h00 - nous sommes prêts à embarquer sur la pinasse pour Tombouctou: 400 km environ, soit 3 jours et 2 nuits de navigation. Sur le quai, une foule de personnes attendent et les discussions semblent très animées, les téléphones mobiles marchent à plein régime. Un gars m'interpelle pour me demander si deux personnes supplémentaires peuvent embarquer sur la pinasse. Nous avions déjà négocié 4 personnes supplémentaires et ces deux n'étaient pas prévues. Cela demande réflexion.  Il y a toutes sortes de pinasses qui circulent sur le Niger, de toutes les tailles, de plus ou moins bonne facture et plus ou moins confortables. La nôtre est moyenne et peut accueillir 15 à 20 toubabs (blancs) ou 60 Africains - rassurez-vous, ce n'est pas une question d'équivalence, c'est une question de norme, et il n'y en a pas pour la population africaine, dans quelque véhicule que ce soit -. En fait 10 personnes, avec 3 membres d'équipage et un accompagnateur, c'est bien assez pour une croisière confortable. Comme nous avons affrété la pinasse, nous sommes les maîtres à bord, décidons si nous acceptons de nouveaux passagers et quelle part nous est retournée sur le prix payé. Chaque personne supplémentaire sur la pinasse réduit le forfait de notre croisière. Il faut compter 500'000 CFA (1000 CHF) tout compris pour aller de Mopti à Tombouctou. Nous ne paierons finalement que 310'000 CFA (620 CHF pour les 3).

Nous commençons de comprendre ce qui se passe. Le problème, c'est qu'il y a 2 ou 3 démarcheurs pour une même pinasse qui négocient et encaissent l'argent auprès des touristes, sans se consulter. Ils s'arrangent ensuite pour les faire monter sur un bateau. Je suis donc pris en otage entre les différents intervenants d'une opération assez douteuse entre d'honnêtes gens et de moins honnêtes gens. Le téléphone passe de main en main et l'excitation générale va crescendo. Les personnes supplémentaires, un couple de Français, avaient réservé une pinasse pour 600 euros et il se trouve que c'est la même que nous avions réservée. Il faut que quelqu'un paie les frais de l'organisation douteuse des démarcheurs. Ce ne sera pas nous. Pensée compatissante pour ceux qui restent à quai. On nous embarque rapidement avant que l'affaire tourne à l'émeute.

C'est parti pour 3 jours sur le Niger. Bon, en fait, c'est presque parti. A peine démarré, le moteur donne des signes de faiblesse. Il s'arrête sans cesse et le pinassier peine à le faire repartir. Bientôt il est en pièces détachées dans le bateau : le carburateur est pourri, il nous faut un autre moteur. Notre bateau ère, balancé par le vent, dans les basses eaux marécageuses du fleuve. Le pinassier se mue alors en gondolier et pousse le bateau avec un grand baton jusqu'à une rive plus ferme à quelques kilomètres de Mopti, en rase campagne. Ce qui est extraordinaire en Afrique, c'est qu'au milieu de nulle part, il y a toujours quelque chose. Notre moteur en panne est porté par notre pinassier à un kilomètre de la berge ou un autre moteur est déjà arrivé pour nous. Cet incident a été réglé en moins de deux heures, soit probablement plus vite qu'en Europe. Nous pouvons repartir avec notre nouveau moteur et cette fois-ci tout est en ordre.

De Ségou à Niafunke, le Niger se divise à deux reprises en deux rivières importantes qu'on appelle ici fleuves : le Bani et le Niger, notre barque emprunte le Bani. Nous entrons dans le delta intérieur du Niger, plateau d'environ 10'000 km2 entièrement inondable en cas de fortes pluies. Le ciel est nuageux et la température très agréable, probablement en dessous de 30 degrés. La croisière est ponctuée d'arrêts dans des villages bozos installés sur la rive. La navigation est relaxante et le bateau avance traversant précautionneusement les filets de pêches tendus à travers le fleuve par les pêcheurs bozos.

A notre premier arrêt, dans un village du nom de Saba, nous sommes accueillis par une clameur composée uniquement de cris d'enfants et qui rappelle les effusions de la foule lors d'un goal au Mundial. A peine débarqués, nous sommes assaillis par une vingtaine d'enfants. Mais bientôt nous ne les comptons plus. A mesure que nous avançons dans le village, les enfants affluent en criant : "donne-moi bidon (une bouteille en plastique), "donne-moi cado", "donne-moi un bic", "fais foto". Il nous en pend un à chaque doigt. Michael Jackson a ses heures de gloire ne devait pas avoir plus de fans. Les enfants ont l'air ici particulièrement fascinés par nos appareils photos. Je tirerais volontiers quelques clichés, mais ça devient difficile car les enfants se précipitent sur nous jusqu'à mordre l'objectif.

Le village est affublé d'une magnifique mosquée construite dans le style de la région, style soudanais, apprend-on dans les guides. Cependant, entre les pilastres, les façades sont particulièrement bien travaillées avec des sortes de claies en bois dont la fonction est probablement de donner un peu d’air et un peu de lumière aux fidèles en prière. Nous ne pouvons y entrer, interdits par l'imam. Au centre du village, nous sommes assiégés : une nuée d'enfants nous a suivis et s'agrippe à nous, nous ne savons comment nous en défaire. Des enfants au Mali, nous en avons certes déjà vu, mais là, c'est au-delà de l'imaginable. Ils ont l'air de surgir de la poussière comme les petits crabes du sable de la plage. Heureusement, une femme compatissante comprend notre désarroi et pousse une éructation colorée accompagnée d'un regard qui ne laisse aucune ambiguïté. La nuée d'enfants se disperse aussitôt dans la poussière. Nous regagnons le bateau.



Photos de Jeff et de Charly


Comme nous sommes partis tard - Jeff devait dormir ses 11 heures - et que nous avons perdu deux heures en route, il nous faut naviguer tard pour rattraper le retard. Vers 21h15, nous posons nos tentes sur les rives du fleuve.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ton récit est passionnant et tes photos sont magnifiques (surtout celle ou tu as l'air d'un écrivain tourmenté ;-)). Ici, tout va bien. Tu seras heureux de découvrir un gazon à l'africaine quand tu reviendras!
A bientôt

Nina et Etienne

Anonyme a dit…

Le blog est très sympa! Ca fait plaisir de voyager un peu à travers ton récit pendant ces vacances d'été.

Edouard